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Quels sont les 8 conseils que j’aurais aimé recevoir avant de me lancer sur le chemin de Compostelle?

De août à décembre 2017, j’ai marché pendant 4 mois sur le Chemin de Compostelle de Strasbourg à Saint-Jacques de Compostelle (environ 2000 kilomètres), j’ai d’ailleurs réalisé un film et écrit un livre sur cette expérience. Et j’y suis retournée en 2019 et en 2020.

On m’a souvent demandée quels conseils je donnerais à quelqu’un qui se lancerait sur le chemin.

Je vous livre ici  mes 8 conseils.

points de couleur ocre

Pars sans attente et avec un esprit d’ouverture 

« Fais confiance et n’attends rien du Chemin pour le laisser tout te donner. Quand on attend, on se focalise sur l’attente et on loupe tout le reste ! » disait Eric dans la vidéo où je demande à 8 pèlerins quels conseils ils donneraient à quelqu’un qui se lance.

Et je suis entièrement d’accord avec lui.

Vas-y le coeur ouvert. Tu as peut-être lu de nombreux témoignages du Chemin et même mon livre Marcher vers son essentiel. Pourtant, quand tu auras posé ton premier pas, ce sera ton chemin à toi. Le Chemin, la Vie, te donnera exactement ce que tu auras besoin d’expérimenter. Et il y a de grandes chances que ce soit différent de ce que tu auras imaginé / attendu.

Il peut être intéressant de poser une intention pour ce Chemin, par exemple : « j’ai envie d’apprendre à m’aimer plus », ou « j’ai envie de marcher pour avoir de la clarté sur la prochaine étape de ma vie ». Tu peux ensuite laisser cette intention de côté et revenir dessus à la toute fin de ton périple. La différence entre une attente et une intention est que lorsque tu poses une intention, tu émets un désir qui vient du coeur, sans trop te focaliser sur le résultat. Tu l’émets puis tu laisses le Chemin se charger du reste.

Fixe-toi de petits objectifs

« Je suis d’abord partie marcher une semaine, puis j’ai décidé de continuer une semaine de plus. Et là, ça fait un mois que je marche. Le fait de me donner de petits objectifs m’a permis de partir de chez moi. Si je m’étais fixé directement l’objectif d’aller à Saint- Jacques-de-Compostelle, je ne serais pas partie. », Jeanne, pèlerine qui a marché pendant 2 mois.

Parfois, c’est bien de ne pas trop se focaliser sur le sommet de la montagne (arriver à Saint-Jacques de Compostelle) car on peut se décourager. Lorsque je suis partie marcher d’Alsace, je voulais arriver à Santiago d’une traite et cet objectif ambitieux a bien failli me faire abandonner le chemin.

Au final, je me disais « je marche vers l’Ouest, et je verrais jusqu’à où j’arrive« . Et quelque chose s’est détendu en moi.

Marche à ton propre rythme

Ne te force pas à marcher un nombre de kilomètres défini. Il y a des jours où j’ai marché dix kilomètres et d’autres trente. Si tu ne t’es pas entraîné, je te conseille de commencer par de petites étapes au début (une quinzaine de kilomètres maximum) et d’augmenter progressivement le nombre pour laisser ton corps s’habituer. S’obliger à marcher trop vite, c’est devoir ralentir par la suite, car c’est là que le corps peut développer une tendinite, des ampoules, ou d’autres maux.

Si tu as une période définie sur le chemin (par exemple 2 semaines), je te conseille de te dire « je verrais jusqu’où j’arrive dans 2 semaines » plutôt que t’imposer d’arriver à une destination (par exemple Conques). Comme ça, tu seras ouvert à ce que le chemin te proposera et tu pourras décider de rester un jour de plus à un endroit où tu te sens bien. 

Allège ton sac à dos

Ce conseil est basique, je sais. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de le rappeler. On m’a souvent dit sur le chemin que je portais le poids de mes peurs et cette métaphore me parle.

Je me souviens de ce moment lorsque j’arrivais au Puy en Velay après plusieurs semaines de marche. J’ai étalé l’ensemble du contenu de mon sac sur mon lit. J’avais besoin de m’assurer que chaque chose que je porte est essentielle, car chaque objet m’alourdit et peut m’empêcher d’avancer.

Voici la liste non exhaustive de ce que j’ai abandonné ce jour-là : 

– Mes guêtres, que j’ai la flemme de sortir quand il pleut.

– Mon petit shampoing et dentifrice sont remplacés par le savon de Marseille que je vais désormais utiliser pour me laver le corps, les cheveux, faire ma lessive et me brosser les dents (c’est bizarre au début mais on s’y habitue !)

– Deux livres que je laisse dans l’auberge, mon guide papier de l’itinéraire et des hébergements des deux régions que j’ai déjà traversées. Je ne rachète pas de guide car le chemin est bien balisé et je suis informée des hébergements en discutant avec des pèlerins et en ouvrant les yeux. 

– Mes sandales de marche sont remplacées par des tongs, plus légères. 
– Ma lampe frontale, car celle de mon téléphone fait l’affaire.

– Un t-shirt, une corde qui devait me servir pour accrocher mon linge et mon drap de soie (je cumulais un sac de couchage et un drap de soie).

– Mon déodorant, mon mascara, mon anticerne, ma crème solaire et mes lunettes de soleil.

A chaque fois que tu te dis en préparant ton sac : «Je prends ça au cas où», ne le prends pas, car ça va alourdir ton chemin.

Voyage léger ! Et avec de bonnes chaussures déjà utilisées, ou au moins confortables (une pointure au moins en plus que sa pointure). 

Fais preuve de courage la première semaine

On a tendance à trop idéaliser le Chemin. Pour beaucoup de personnes, marcher sur le chemin de Compostelle a été l’expérience la plus belle de toute leur vie. Et clairement, pour moi aussi, ça a été magnifique, fort. Mais on ne le dit pas assez : le  Chemin, ça peut aussi être difficile, comme dans la vie. Je me souviens de cette fille qui m’avait écrit après 3 jours de marche :

Je n’ose pas écrire ça sur des groupes facebook ni en parler à des proches mais c’est d’une souffrance de marcher… J’ai mal partout, je me sens seule, toutes mes émotions remontent à la surface. Et personne ne m’a prévenue !

 Je lui ai répondu que oui, je comprenais ça très bien car j’avais vécu quelque chose de similaire, les personnes qui ont lu mon livre le savent et m’ont remerciée d’avoir été aussi claire sur les potentielles difficultés. 

Je pense que c’est bien de se préparer au chemin en se disant que ce sera un effort, surtout au début, le temps que le corps et l’esprit s’habituent. Comme le dit Nicole :

« La première semaine est la plus difficile. C’est là où des petites douleurs (aux pieds, au dos, etc.) se réveillent. Si on arrive à la surmonter, le corps est échauffé et on peut enfin savourer. »

Ce que j’ai trouvé beau dans mon expérience c’est qu’au fil de mes pas, mon corps s’est en effet habitué à ce rythme de marche et mon mental aussi. Il y a des moments où je n’avais littéralement plus de pensées et où je me sentais profondément connectée à mon corps et à la nature.

Délaisse ton téléphone 

Dès le début du Chemin, j’ai décidé de laisser mon téléphone en mode avion dans mon sac la plupart du temps. Je l’allumais environ tous les trois jours. La déconnexion du téléphone nous fait vivre encore plus intensément le moment présent. Notre attention n’est pas happée par des messages auxquels il faut répondre. Cette déconnexion m’a permis d’expérimenter une autre relation, plus profonde, avec moi-même, avec la nature et avec les autres. Je ne peux que vous encourager à laisser votre téléphone de côté autant que possible. Parfois, il s’agira de négocier avec ses proches. 

Je vois beaucoup de personnes qui veulent à tout prix créer un blog ou une page sur les réseaux sociaux pour partager leur expérience du chemin. Je n’ai publié que deux textes sur les réseaux sociaux en quatre mois de marche, et je m’en remercie. C’est après avoir intégré mon expérience que je l’ai partagée autour de moi.

Il y a un temps pour vivre une expérience et un temps pour la partager. 

Laisse le chemin agir en toi graduellement

 « Il n’y a qu’une façon de marcher sur le Chemin, et c’est comme manger un éléphant. Tu dois le faire un morceau à la fois. Si tu te dépêches, tu perds tout l’intérêt du Chemin. Laisse-le s’infiltrer progressivement dans tes pensées, ton esprit et dans ton corps. C’est comme faire un câlin à quelqu’un. Pour en profiter, il ne faut pas être pressé. Tu te blottis, tu sens la chaleur et l’affection, et tu te laisses envelopper. Le Chemin, c’est comme un grand câlin. » Ces mots sont de Ian, qui nous livre cette métaphore dans cette vidéo.

J’aime cette idée de laisser le chemin agir en nous. Lorsque j’arrivais dans les gîtes le soir, la première question qu’on me posait était : « alors tu es partie d’où? tu vas jusqu’à où? ». Alors que moi, je n’avais qu’une envie : demander aux pèlerins en quoi ce chemin agissait en eux. J’ai vu des pèlerins marcher, tels des militaires, trente-cinq kilomètres par jour, ils semblaient pressés d’arriver à destination. Je me suis parfois sentie honteuse de galérer à finir des étapes à dix-huit kilomètres.

Avec du recul, je me remercie de m’être « abandonnée » au chemin, sans me presser et sans trop chercher à imposer mes propres règles

Laisse-toi du temps pour digérer au retour 

Ahhhhh le retour, le fameux retour, ce moment appréhendé par tant de pèlerins. Bon on ne va pas se le cacher, quand on a été bercé dans une bulle de nature, de contacts bienveillants, de mouvement du corps quotidien, ça peut être difficile de revenir travailler, parfois dans un sous-sol sans fenêtres, face à son ordinateur dans une grande ville. C’est pourquoi il peut être bien de se laisser un temps de digestion comme le dit si bien Eric : 

« Le Chemin nous change souvent au plus profond de nous-mêmes. Je compare le Chemin à une plongée en apnée, tu as besoin d’un sas de décompression. Le Chemin t’aura changé, et tous les gens qui t’aiment vont voir ces changements et t’assaillir de questions en te demandant de leur raconter. Mais tu auras beau leur raconter, s’ils n’ont pas vécu le Chemin, ils ne pourront pas comprendre, ça amènera une frustration pour toi et pour eux. Il est important de prendre une semaine pour digérer et revenir petit à petit en surface après avoir marché. »

Voici mes 5 conseils pour se préparer au mieux au retour, en plus de se laisser du temps :

– Entoure-toi de personnes qui comprennent ce que tu as vécu.

– Demande-toi quels sont les ingrédients du chemin qui t’ont plu et que tu pourrais mettre en place dans ta vie actuelle. Pour cela, tu peux t’inspirer de mon article dans lequel je parle de 7 ingrédients qui font du chemin de Compostelle un chemin thérapeutique.

– Fixe-toi un nouveau projet qui te tient à coeur, ça peut être de retourner sur le Chemin ou un autre voyage. Moi ce qui m’a aidée, ça a été de me lancer dans le montage de mon film « Chemins de Vie » puis d’organiser des évènements de projection.

– Ecris sur ce que tu as vécu, ça peut t’aider à l’intégrer. Moi j’ai aimé écrire des anecdotes qui ont été particulièrement transformatrices et qui m’ont connectée à la magie de la vie. Ce sont ces textes qui ont donné par la suite naissance au livre Marcher vers son Essentiel. Mais ici l’idée, n’est pas d’écrire forcément un livre mais écrire pour soi, pour extérioriser ce qu’on porte. 

– Ouvre les yeux sur la magie du quotidien. J’ai eu la joie d’observer de nombreuses synchronicités sur le chemin. Avec du recul, je crois que le Chemin m’y rend plus ouverte et que cette magie est partout. Dans la chanson que tu écoutes, la caresse du vent, le battement de cœur de la personne assise à côté de toi dans cette pièce.

Il s’agit d’ouvrir les yeux.

Au fait, la prochaine projection de mon film « Chemins de Vie » a lieu le dimanche 6 novembre à 18h au Cinéma des Rohan à Mutzig. On regarde le film ensemble puis on prend un temps pour échanger sur nos ressentis, sur le chemin, sur la préparation, sur le retour et j’aurais des livres à dédicacer. Plus d’infos en cliquant ici.

Un grand merci à Romain Robine pour sa photo de couverture.

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